Terre du CIEN n°27

Dossier "Savoir en jeu, enjeux de savoir".

Editorial

 

Blaise Pascal évoque la nécessité, indissociable de la méthode des démonstrations géométriques, de considérer « la manière dont les hommes consentent à ce qu’on leur propose, et aux conditions des choses qu’on veut leur faire croire »[1]. Cet « art d’agréer » relève pour lui de « l’esprit de finesse », et ses règles sont d’une subtilité infinie, en ce qu’elles vont chercher dans l’autre la « créance » en la langue commune, seul accès à la mise en lumière d’une vérité nouvelle, géométrique. Ce sont là « choses de finesse » dont Jacques-Alain Miller, dans son dernier Séminaire[2], nous invite à nous guider à notre tour dans le Champ freudien.

Terre du Cien s’offre pour ce numéro une nouvelle maquette, dont le tempo enlevé s’ouvre sur un dossier consacré au thème « Savoir en jeu, enjeux de savoir ». Philippe Lacadée y évoque les ravages de cette « modernité ironique » dans l’école d’aujourd’hui, où l’enseignant a pour tâche essentielle de restaurer la « créance » dans la langue commune pour des sujets qui ne consentent pas à en passer par les mots de l’Autre. « Peut-on enseigner dans l’indifférence ? » : c’est la question que pose Catherine Henri, à propos de la formation des enseignants : « Y être », indique Catherine Thomas. Mais aussi donner « présence aux mots », mener les enfants vers les « zones de lumière » du savoir : telle est la réponse dont s’oriente Céline Baliki. Pour elle, les mots permettent de « prendre position », car « là se joue, se vit l’essentiel : le lien qui se tisse ». Au Lycée expérimental de Saint-Nazaire, « l’ouverture d’esprit » passe par la « construction de quelque chose ensemble » (Dominique Carpentier). L’entretien avec François Le Pillouër entre singulièrement en résonance avec ces réflexions, en indiquant la place qu’il accorde, dans son école de théâtre, aux « qualités de l’émergence », porteuses de subversion. Là encore, « il faut des vraies personnes, avec leurs vraies raisons ». Les laboratoires français du Cien, sur les traces du lapin d’Enzo, poursuivent la conversation inter-disciplinaire, et lancent un pont avec ceux d’Amérique latine, à la recherche de l’invention symptomatique d’un sujet qui s’appuie sur une présence incarnée pour pouvoir dire, comme dans Le soldat et le gramophone : « Je suis là, je suis là. »

 

                                                                                               Marianne Bourineau



[1] Pascal B., De l’esprit géométrique, GF-Flammarion, Paris, 1985.

[2] Miller J.-A., « Choses de finesse en psychanalyse », 2008-2009, Séminaire inédit.

 

Sommaire

Éditorial
Marianne Bourineau

Dossier (p. 3)
Savoir en jeu, enjeux de savoir
« Apporter du nouveau » sur le refus scolaire et la déscolarisation – Philippe Lacadée
Des scolarisations – Michèle Elbaz
À partir de l’hic et nunc – Catherine Thomas
Chemins d’incertitudes – Céline Baliki
Formation des enseignants : malaise et malentendus – Catherine Henri
Entre les murs, Enseigner au XXIe siècle – Sophie Marret-Maleval
Apprendre autrement - Entretien avec Joël Quélard et Martin Leroy, au Lycée expérimental de Saint-Nazaire
Rebond – Apprendre à apprendre ensemble – Dominique Carpentier
Rebond – Ça cloche autrement au lycée expérimental de Saint-Nazaire – Françoise Frank

Rencontre (p. 33)
À la croisée de la transmission et de la subversion
Entretien avec François Le Pillouër, directeur du Théâtre national de Bretagne de Rennes

Échos des laboratoires (p. 37)
Pas sans répercussions – Dominique Rousseau, Agnès Vigué-Camus, Agnès Giraudel
Mourir, en somme…Enzo, du fil des songes à celui du pinceau – Joëlle Goutagny
Apprentissages - Sandrine Gerelli, Marie-Cécile Marty

Pont (p. 45)
Jouer et dire - Ruth Helena Pinto Cohen
Notre temps, tyran – Beatriz Udenio

Rayonnage (p. 49)
Une expérience de l’impossible à dire - Alain Cochard
De la singularité d’une transmission - Séloua Elkhattabi

Regard (p. 53)
« L’autorité paternelle est quelque chose qui est déjà en loques » - Catherine Orsot-Cochard