Terre du CIEN n°26

Dossier "Approches du cadre".

Editorial

 

Au début de son dernier film, « les plages d’Agnès », Agnès Varda nous entraîne vers le littoral du nord : elle y dispose des cadres. Et c’est en cadrant d’abord ce joyeux désordre où techniciens et techniciennes, collaborateurs et collaboratrices bricolent, consolident l’appui de ces cadres sur le sable, au bord mordu par la marée, contre les dunes, qu’Agnès Varda donne cadre à  son récit. Sa voix au timbre vif appellera au dedans de ces cadres vides ce qui pourra être dépeint. Pas tout. Quelques images choisies pour éclairer l’histoire de sa vie et des liens, vivants, vibrants, du passé qu’elle nous passe.

Ce film dont la délicatesse accompagne longtemps, m’a tout de suite évoqué le travail du CIEN, et l’équilibre si fin qui permet qu’en son cadre,  depuis sa création par Jacques-Alain Miller en 1996, un grand nombre de femmes et d’hommes travaillant avec des enfants cherchent ensemble, et y apportent leur désir, leurs questions, leurs découvertes, leurs inquiétudes. Une fois encore, cette édition de Terre du CIEN en porte la marque. Et la résonance avec le cinéma longuement filée par le texte de la réalisatrice Judith du Pasquier dans le dossier de ce numéro consacré au « cadre », en est très éclairante. En effet, si au cinéma « ce qui est cadré dans un plan, une séquence, un film tout entier, parle aussi de tout ce qui ne l’est pas, ce qu’on appelle le “hors champ” » (p.4), se mettre au travail inter-disciplinaire, n’est-ce pas aussi prendre pour chacun la responsabilité de ce hors champ que chaque discipline emporte avec elle ? Poser un cadre, c’est en effet « créer une ouverture », permettre un déplacement, inventer un lieu nouveau, à la manière du pari tenu à Gênes par l’exposition Due ma non Due de Gustavo Giacosa dont nous parle Claire Margat (p.5-8).

Au CIEN, poser un cadre c’est soutenir l’exigence et l’inconfort d’un travail en mouvement. C’est veiller à ce que ce cadre ne se fige pas en armature « de fer » mais reste inventif, souple, « adapté » à l’autre  comme le soulignent dans leurs articles Maria Rita Guimaraes et Raphaële Ipas, c’est protéger sa dimension de contenance et confiance, que développe l’article de François-Xavier Fénerol (p.12-14). C’est refuser le “prêt-à-jouir” pour faire le choix de « l’insécurité du cadre langagier propre à chacun dès qu’il s’aventure dans le pays de la langue et qui vise ce qui le produit, soit cet impossible que le sujet traite avec la langue et qui se nomme réel», ce que déploie Philippe Lacadée (p.9-11).

Pour le dire encore autrement, sont ici précieux les mots de Judith du Pasquier — que Judith Miller avait déjà interviewé dans La Cause freudienne n°57 — « j’ai l’impression que la notion de cadre est ici synonyme d’ouverture et d’accueil, de licence poétique, de lien, de créativité ».

  

Ariane Chottin

 

Sommaire

 

Éditorial

Ariane Chottin

 

Dossier (Approches du cadre)

Judith Du Pasquier – Obligé du cadre

Claire Margat – « Deux, mais pas deux » – présentation et entretien avec Gustavo Giacosa

Philippe Lacadée – Ce qui dans la langue fait cadre

François-Xavier Fénerol – Savoir vivre en parlêtre ?

 

Rencontre

Entretien avec Alain Refalo – « Une lettre porteuse de la colère des collègues »

 

Sur le vif

Actualité du laboratoire ce qui sort de bon de Cournon

 

Échos des laboratoires

Philippe Lemercier – Du vent dans le cadre

Dominique Rousseau – Ménager une place à ce qui n’a pas de place à l’école

Raphaële Ipas – « Jonathan est resté ce qu’il est, pas notre travail. »

Frédéric Le Dain – L’hyperbole qui s’entend ou l’en-trop(e) de l’adolescent

 

Pont (Brésil)

Laboratoire Pratiques de la Conversation de Rio de Janeiro – L’exception fait-elle la règle ?

Maria Rita Guimaraes – Entendre fait partie de la parole

 

Rayonnage

Alain Koll –  Fenêtres – Chroniques du regard et de l’intime- de Gérard Wajcman